Il est d’usage de définir le Nemawashi comme un art du consensus. Ainsi, cette pratique permettrait de « faire passer » toute évolution majeure de l’activité ou des usages comme une lettre à la poste dans ce qu’on pourrait qualifier comme une forme de manipulation institutionnalisée.

Nemawashi (根回し?) est un terme japonais désignant un processus informel permettant de préparer en douceur un projet ou un changement important en parlant avec les personnes concernées et en essayant d’obtenir leur soutien et leur adhésion. C’est une pratique utile et parfois indispensable pour une décision dont l’accord est difficile à obtenir.

C’est ainsi que Wikipedia exprime la notion avec un grand cynisme en la circonscrivant à une « décision dont l’accord est difficile à obtenir ». Pour autant, le Nemawashi ne pourrait être résumé avec si peu de nuances. Il devrait même, tout au contraire, s’avérer être le révélateur d’un certain courage managérial : l’acceptation de l’importance des interactions dans la réussite de l’activité.

Nos sociétés ont évolué depuis l’ère industrielle, mais la notion même de travail n’a, elle, pas réussi à s’élever bien plus haut que celle que connaissait nos ascendants. Nous devons souffrir pour gagner notre pain, exécuter les décisions venues « d’en haut » sans réfléchir, sans penser, sans être autre chose que la main des décideurs. C’est le constat qu’un jeune manager fera rapidement, effrayé par la résignation sourde et constante de ses collaborateurs qui n’ont connu que le management autoritaire et la soumission aux désirs d’une hiérarchie volontairement sourde.

Comme vous pourrez le lire un peu partout, le Nemawashi pourrait être décrit comme un art du consensus. A vrai dire, c’est le cas. Mais se limiter à cela serait omettre les bénéfices d’une telle méthode qui, au delà d’atteindre un but sans user de la contrainte, permet surtout de favoriser l’innovation et la réussite collective.

Dans ces organisations où le conflit a toujours été synonyme de risque, la méthode peut bouleverser. Car oui, le Nemawashi embrasse le conflit comme un phénomène intégrable, voire même souhaitable. C’est du conflit – à comprendre dans le vrai sens du terme – et de la confrontation des idées que naît la solution la plus conforme aux attentes.

Le Nemawashi replace le manager dans une position réellement stratégique. Il lui est demandé de confronter ses propres opinions sur la manière d’exercer l’activité avec ses collaborateurs opérationnels tout autant qu’avec sa hiérarchie. Son rôle de gestionnaire des interactions est alors primordial : il est, selon l’instant, acteur, médiateur, il peut accompagner les décisions prises « d’en haut » comme les influencer positivement en mettant en valeur les idées qu’il aura pu faire émerger « d’en bas ». Il affirme ainsi le refus d’un autoritarisme de classe, futile et vain et embrasse l’idée que l’esprit critique est la clé d’une collaboration efficace et saine.

Après ce préambule très légèrement dithyrambique, je reviendrai éventuellement sur ce sujet qui, vous l’aurez compris, m’intéresse grandement.